Cerise



La cerise (вишня, черешня), un fruit si russe


La cerise est signalée dès la Russie kiévienne: une cerise sauvage, souvent aigre mais résistante au froid. Après le XIIIe siècle, elle apparaîtrait dans la région de Vladimir, pour se transformer en une autre variété, alliant à la fois une meilleure qualité et toujours une bonne résistance au froid. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, la cerise est très populaire en Russie; elle inspire les poètes de l'âge d'argent, Tchekhov, et devient un symbole de la «culture» russe. Un certain Michourine commence à travailler sur l'amélioration des variétés dès la fin du XIXe siècle. Mais c'est surtout durant la période soviétique (1930-1980) que de nombreux travaux ont été réalisés sur la qualité des variétés de ce fruit. La culture de la cerise est très répandue dans la partie centrale de la Russie européenne, au sud de Moscou en particulier. Cela correspond à la région d’Orël, au sud de Moscou et au Nord de Kharkhov, où se passe La Cerisaie de Tchekhov.































































Зимняя вишня (1985)




La Cerisaie de Tchekhov
Stanislavski, dans Ma vie dans l’art, raconte comment Tchekhov a choisi le titre de sa pièce; d’abord intitulée Вишневый сад, le «verger des cerisiers», elle prend ensuite le titre de Вишнёвый сад, «la cerisaie»: «"Вишневый сад" — это деловой, коммерческий сад, приносящий доход. Такой сад нужен и теперь. Но "Вишнёвый сад" дохода не приносит, он хранит в себе и в своей цветущей белизне поэзию былой барской жизни» («un "verger de cerisiers", c’était un jardin de rapport, une plantation de cerisiers, un verger rentable, qui avait, aujourd’hui encore, son utilité. Mais une "cerisaie" ne rapporte aucun bénéfice, elle ne fait que garder en soi, dans sa floraison neigeuse, la poésie de la vie des maîtres de l’ancien temps»). Il est dès lors tentant de rapprocher cette blancheur esthétique du cerisier japonais, symbole du temps qui passe, de la beauté éphémère. Mais, bien que Tchekhov soit allé à Sakhaline, une île proche du Japon, on peut cependant mettre en doute un tel rapprochement étant donné la méconnaissance des Russes à l’égard du Japon à l’époque. De plus, la cerisaie est déjà, à l’époque où écrit Tchekhov, une agriculture développée en Russie; elle est un élément classique des paysages.
La cerisaie, négligée, laissée à l’abandon, devient un jardin d’agrément: si Tchekhov décrit abondamment les fleurs de cerisiers, les fruits ne sont presque jamais mentionnés. Le cerisier devient le symbole de cette noblesse qui perd toute fonction sociale, toute fonction économique, ne servant plus que d’ornement.


Comment ne pas finir en évoquant Le temps des cerises, chanson devenue familière en Russie?